JS Kabylie: APRES LA DEFAITE EN COUPE, La JSK se console ...
23/04/2010 18:31 par kabylie
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http://www.wat.tv/audio/kamel-chenane-2009-am-yetij-1m6ty_lqj0_.html
Les poulains de l’entraîneur Geiger ont vu leur rêve de passer en finale et d’embrasser Dame coupe s’envoler, lundi, après s’être fait éliminer par la formation du CAB.
Les Canaris n’ont pu décrocher le billet de la qualification pour la finale de Dame coupe face aux Batnéens du CAB. Les Kabyles étaient complètement abattus à la fin de la rencontre. Il faut dire qu’il y a vraiment de quoi, d’autant qu’ils se sont battus tout au long du temps réglementaire, mais aussi durant les prolongations. Mais en vain, ils ne sont pas parvenus à faire la différence, et ce, en dépit de plusieurs tentatives de marquer. Chacun de Yahia Chérif, de Meftah ou encore de Tedjar ont tenté d’ouvrir la marque, mais le cuir passa à chaque fois à côté. Les gars de Hannachi n’ont, malheureusement, pas pu concrétiser leurs tentatives.
Karouf : «On méritait la qualif’ plus que le CAB»
Joints par téléphone, les joueurs de la JSK, et jusqu’à hier, n’avaient pas encore digéré leur élimination de la Coupe d’Algérie. Ces derniers avaient grand espoir de reconquérir ce trophée qu’ils n’ont plus décroché depuis la saison 94. Interrogé sur le match, Karouf, l’adjoint de l’entraîneur des Canaris, ne nous cacha pas non plus sa déception, il nous dira : «On est vraiment déçus de cette élimination.» Puis il poursuivra : «J’estime qu’on méritait d’aller en finale plus que le CAB. Cette dernière était toute juste moyenne sur le plan du jeu. Les Batnéens n’étaient pas aussi forts que nous sur les plans technique et tactique. Par contre, leur agressivité dans le jeu n’est pas passé inaperçue. De notre côté et contrairement au CAB, qui s’est contenté de rester en arrière, on a fait l’essentiel dans l’animation du jeu. On s’est bien défendus. On a réussi ainsi à empêcher l’adversaire d’atteindre nos filets. Cependant, nous avons failli au niveau de l’attaque qui a trouvé tout le mal du monde à concrétiser ses tentatives de marquer.»
Interrogé sur les raisons de l’élimination, les joueurs de la JSK se sont tous accordés pour dire que le mauvais état du terrain les a énormément handicapés. «Le terrain sur lequel nous avons évolué lors de la demi-finale était dans un très mauvais état», nous dira Tedjar avant de poursuivre : «Il était impossible pour nous d’évoluer sur un terrain pareil, contrairement au CAB qui connaît bien son terrain sur lequel elle est habituée à jouer.»
La tête déjà à la Coupe d’Afrique
La Coupe d’Algérie était l’un des objectifs de la JSK depuis le début de la saison. Les poulains de Geiger, qui ont perdu toute chance de décrocher le titre de champions d’Algérie, voulaient se racheter avec le trophée de la Coupe d’Algérie. La direction de l’équipe, le staff technique et les joueurs n’ont rien caché de leur déception, mais ils ne veulent en aucun cas s’y focaliser. Ces derniers ont déjà la tête vers la Coupe d’Afrique, comme nous l’expliqua Karouf. «Nous n’avons aucune raison de rougir. Nous nous sommes fait éliminer de Dame coupe, mais nous avons réussi là ou beaucoup d’autres ont échoué, arriver en demi-finale de la Coupe d’Algérie. On a perdu le titre, mais nous n’avons pas perdu nos chances de décrocher une place parmi les trois premiers du classement. Nous avons encore 8 matches à disputer. Cela suffit largement pour atteindre cet objectif et avoir la chance de participer à une compétition internationale», nous dira l’adjoint de l’entraîneur de la JSK qui a déjà décidé d’oublier ce revers pour se concentrer sur le prochain match face à la formation de l’Angola, qu’elle devra affronter dimanche prochain au stade du 1er-Novembre dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique. Le coach de la JSK, de son côté, devra jouer le rôle du psychologue et trouver les mots adéquats afin de convaincre ses joueurs de tirer un trait définitif sur cette élimination qui fait déjà partie du passé et se concentrer sur la suite du parcours.
F. T.
Reprise aujourd’hui
La formation de la JSK est rentrée juste après le match face au CAB. Le déplacement s’est fait par bus. Les joueurs sont arrivés à Tizi Ouzou à 4h du matin, chaque joueur a rejoint son domicile. Après une journée de repos accordée par le staff technique, Aoudia et ses coéquipiers reprendront le chemin des entraînements aujourd’hui au stade du 1er-Novembre. Ces derniers devront s’entraîner jusqu’à la veille du match de dimanche.
F. T.
COULIBALY : «Les dieux du stade n’étaient pas avec nous»
Très déçu par l’élimination en coupe, Coulibaly ne devrait pas l’être, vu sa prestation de premier ordre. Cette coupe, il y tenait beaucoup, comme il nous l’avoue, car il vit ses derniers jours avec la JSK.
Le moral en a pris un coup, mais Coulibaly reste réaliste et pense qu’il est plus judicieux et professionnel d’aller de l’avant, et d’oublier vite cette amère élimination. Le défenseur sait que la Coupe d’Afrique pointe son nez, et dès ce dimanche, la JSK sera à l’heure africaine et à la revanche, pour les supporters très déçus. «Je suis très déçu, on avait tant misé sur cette coupe, et je ne vous cache pas qu’elle me tenait beaucoup à cœur. Mais c’est la loi du foot, et les dieux du stade n’étaient pas avec nous à Batna. Ce qui nous a laissé des regrets, c’est la physionomie de la partie, et franchement, on méritait mieux. La décision de l’arbitre sur le pénalty arrêté par Hadjaoui était très discutable, Cependant, il ne faut pas trop s’attarder sur cette élimination, car nous avons un challenge très important dimanche prochain. Le moral des troupes est affecté, certainement, mais la réalité du foot nous oblige à vite réagir et à rebondir pour éviter une hémorragie», dira Coulibaly.
«On jouera toutes nos cartes en Coupe d’Afrique»
Coulibaly pense que la JSK peut encore sauver sa saison, et ce, en marge de la Ligue des champions d’Afrique. Face à Petro Athletico dimanche prochain, Coulibaly promet aux supporters de les représenter dignement et de tout faire pour aller jusqu’au bout. «C’est notre dernière chance de sauver notre saison, et on va tout faire pour réconforter nos supporters auxquels je demande de venir nous soutenir en force et rester derrière leur équipe. L’élimination en coupe ne doit pas remettre en question notre potentiel à aller loin dans cette compétition africaine, et je souhaite que d’ici là, le groupe aura retrouvé sa motivation et sera prêt pour la confrontation», dira encore Coulibaly.
M. M.
YAHIA CHERIF : «La chance était du côté de Batna»
L’ex-attaquant du RCK, en l’occurrence Yahia Chérif, se dit déçu de l’élimination de son équipe face au CAB. Cependant, il ne faudra pas se focaliser sur cela et tenter de se concentrer sur la suite du parcours.
- Quel est votre sentiment après cette élimination de Dame coupe ?
- Franchement, je regrette énormément cette élimination, pour laquelle nous avons beaucoup donné, depuis le début de la saison. C’était l’un de nos principaux objectifs, après avoir perdu nos chances de décrocher le titre de champion d’Algérie.
- Comment expliquez-vous ce revers ?
- Je crois que nous avons fourni une belle prestation face au CAB. Nous avons fait de notre mieux en ouvrant le jeu, contrairement au CAB qui s’est contenté de se regrouper en arrière et de jouer par de longues passes. On a été aux tirs au but où nos chances de gagner étaient égales. Mais je crois que la chance a plus souri aux Batnéens.
- Vous avez raté un penalty qui aurait pu faire la différence ?
- Mon tir est passé à côté, je n’ai pas arrêté de penser à cela, car j’ai quelque peu culpabilisé, mais bon, cela peut arriver aux meilleurs joueurs. Je crois qu’il faut oublier et se concentrer sur l’avenir, car on ne pourra rien changer à ce qui s’est passé.
- Un commentaire sur la décision de l’arbitre de faire rejouer le penalty de Boukhlouf, pourtant sauvé par Hadjaoui ?
- Cette décision de l’arbitre nous a également pénalisés. Car on n’a remarqué aucune faute de Hadjaoui, Les données auraient pu être tout autres si le tir n’avait pas été rejoué. Au risque de me répéter, nous avons vraiment manqué de chance.
- Certains estiment que la JSK a carrément raté sa saison en passant à côté de Dame coupe ?
- Certes, nous venons de perdre le rêve de jouer la finale, mais nous sommes quand même parvenus en demi-finale. On ne peut plus espérer non plus le titre, mais il nous reste quand même l’échéance de la Coupe d’Afrique et puis nos chances de décrocher une place parmi les trois premiers du classement pour une compétition internationale sont encore intactes. Nous sommes motivés et prêts à relever ces défis.
- Sur le plan personnel, vous pouvez vous estimer heureux, puisque vous faites partie de l’équipe nationale A’ en plus de vos participations internationales avec votre équipe ?
- Dieu merci, je suis content de mon parcours effectué jusqu’ici à la JSK, Je suis en train d’acquérir beaucoup d’expérience, d’autant plus que je me retrouve dans une équipe qui regroupe des gens de bonne famille. Nous avons tous les moyens nécessaires pour bien évoluer. Tout va bien donc, pourvu que ça dure.
F. T.
Source : http://www.competition.dz/article.php?art=8657
| Réalisé par : | Fouzia T., et Mustapha M. |
Cet après-midi, la JSK se présentera au stade de Batna avec une seule idée en tête, celle de glaner le ticket pour la finale. Intervenant le jour de la célébration du Printemps berbère, cette confrontation ajoutera certainement à la détermination des Kabyles. Une place en finale de la coupe d’Algérie sera d’une grande consolation pour le vainqueur, surtout que la JSK a hypothéqué, vendredi passé, sa dernière chance de se mêler à la course au titre.
Ainsi, l’enjeu sera grand pour les Canaris qui n’ont pas remporté de coupe depuis 16 saisons, et cette finale passera par Batna, face aux Cabistes qui aspirent, eux aussi, à la seconde finale de leur histoire. Les Canaris ne sont plus qu’à 90 minutes d’une finale qu’ils n’ont plus jouée depuis 1994, date de leur dernière coupe remportée face à… Aïn Mlila. Comme un symbole, c’est, d’ailleurs, dans cette bourgade qu’ils ont bénéficié d’une petite mise au vert, sous l’œil bienveillant de leur ex-portier Boughara avant de prendre la route ce matin pour Batna pour le match tant attendu.
Pour cela, les Canaris ont été mis dans les meilleures conditions possibles pour préparer cette demi-finale, ils ont même récupéré en coure de route leurs quatre joueurs internationaux A’ que sont Meftah, Belkalem, Yahia Chérif et Tedjar, qui ont pu effectuer l’ultime séance tactique. Et c’est un renfort de qualité pour le coach Geiger qui aura beaucoup plus de solutions pour composer son équipe.
Alors que l’avant-veille de la rencontre, l’entraîneur a préféré opter pour une légère séance, ponctuée d’une petite rencontre entre les joueurs, le retour des internationaux lui a permis de disposer de toutes ses cartes pour mettre en place son plan de bataille avant la finale. Pour cette dernière séance, le mentor a beaucoup insisté sur le placement et le replacement de ses joueurs, notamment dans l’entrejeu, car il s’attend à une rude bataille au milieu du terrain. Selon l’entraîneur, tout se jouera dans ce compartiment sensible et celui qui gagnera la bataille du milieu aura l’emprise sur le jeu, puis il enchaînera sur des exercices d’application devant les bois avant de terminer, bien entendu, comme le veut la tradition à la veille de match de coupe, par une série de tirs au but.
M. T.
Source : http://www.competition.dz/article.php?art=7841
Heureuses retrouvailles, samedi après-midi, entre le chanteur Lounis Aït Menguellet et ses admirateurs, anciens et nouveaux. Son concert a drainé un public nombreux.
Ses fans se sont déplacés en masse pour voir le barde sur scène, écouter et apprécier ses œuvres, dans une ambiance parfois survoltée mais conviviale, marquée par des youyous et des applaudissements nourris.
La salle Atlas était pleine à craquer. Beaucoup de spectateurs sont retournés bredouilles. Ils n’ont pas pu assister au concert faute de places. Les plus chanceux, ceux qui ont réussi à dénicher une place, ont été comblés.
Voulu ou pas, le choix des chansons interprétées, entamé avec Tajra ilili, a permis de retracer à grands traits l’itinéraire de l’artiste depuis ses premiers pas dans la chanson kabyle, au milieu des années 1960. Kamel Hamadi, son compositeur au début de sa carrière artistique, et le poète Ben Mohamed, tous deux vivant en France, étaient présents au concert, à l’invitation du chanteur.
Lounis Aït Menguellet a réuni, pendant deux heures et demie, trois générations d’admirateurs, du grand-père ou de la grand-mère aux petits-enfants. Une belle image ! “C’est véritablement un régal de retrouver le public habituel et une nouvelle génération de spectateurs”, dira le chanteur à la fin du concert.
Les jeunes nés en 1991, année de ses spectacles mouvements dans cette même salle Atlas, ont aujourd’hui 19 ans. Il a été ravi de voir des jeunes de cette tranche d’âge dans la salle. “Vraiment, cela fait très chaud au cœur. Cela m’a aidé à avoir plus d’énergie et m’encourage à faire plus et mieux. Pour moi, c’est la véritable récompense. Même la fatigue disparaît. J’ai l’impression qu’ils me communiquent leur jeunesse. C’est fantastique ! C’est véritablement une fontaine de Jouvence”, nous a-t-il confié.
Il estime qu’il y a une transmission de l’amour, de l’affection que portent les parents à leurs enfants. Les parents ont su transmettre, communiquer à leur progéniture ce qu’ils ressentent, ce qu’ils ont ressenti eux-mêmes en écoutant les chansons de Lounis Aït Menguellat.
Admirateurs de père en fils
Le chanteur ne pense pas que ce soit les chansons elles-mêmes qui se sont imposées aux jeunes, comme ça, par hasard. Les parents ont joué un grand rôle en mettant l’accent sur l’importance du texte, en incitant, directement ou indirectement, leur progéniture à écouter attentivement les œuvres de leur idole. Et les enfants découvrent, par la suite, qu’il y a des paroles à écouter, à comprendre et aussi à méditer. “Ce qui prouve qu’il y a une communication extraordinaire entre les générations”, note Aït Menguellat.
Un groupe de jeunes adolescents, justement, ont brandi dans la salle, à quelques mètres du chanteur, une banderole sur laquelle on pouvait apercevoir les photos, côté à côte, de Lounis Aït Menguellet et de Matoub Lounès. Un beau symbole. Un bel hommage pour les deux artistes qui ont marqué, chacun à sa manière, la chanson kabyle.
Le prochain album ? “Il sortira dans le meilleur des cas, si tout se passe bien, d’ici le début de l’été. Je ferai tout mon possible pour qu’il sorte au maximum au mois de juin”, confesse le chanteur. Le contenu ? Motus et bouche cousue. L’une des chansons de l’album renferme une “anecdote savoureuse et significative”, tirée d’une blague que Ben Mohamed lui avait envoyée via internet. “Une blague qui avait déclenché en moi quelque chose qui a épaté Ben. Et pour épater Ben, ce n’est pas facile”, dira-t-il en souriant.
Les spectateurs présents au concert ont exprimé le souhait de voir la salle Atlas renouer avec les spectacles d’antan. “Une belle salle comme celle-ci, agréablement retapée, offrant toutes les commodités, ne doit pas rester fermée. Bien au contraire, elle doit offrir régulièrement des spectacles. Surtout qu’elle est située dans un quartier populaire, le quartier le plus animé d’Alger”, relèvent-ils.
Par : Mohamed Arezki Himeur
LIBERTE
En l’absence d’une littérature écrite riche et diversifiée, la chanson a pris le relais. La chanson kabyle a, depuis des décennies, acquis une dimension importante à telle enseigne que des artistes sont devenus de véritables repères dans la société.
La chanson est à la société kabyle ce que le roman est aux sociétés où la tradition écrite est ancrée depuis des siècles. On parle de Slimane Azem comme un Français évoquerait Molière et de Lounès Matoub comme un Français se référerait à Charles Baudelaire. L’importance accordée aux artistes a été telle que, jusqu’à un passé très récent, il était inadmissible qu’un chanteur puisse bâtir une carrière sans être doublé du statut de poète. Ils sont nombreux les artistes dotés d’une belle voix et ayant composé de belles musiques, à avoir fait long feu pour la simple raison que sur le plan textuel, ces chanteurs n’ont pas brillé. Etre un artiste, en Kabylie, doit impérativement impliquer être poète. Même les articles journalistiques, très foisonnants en la matière, accordent une part immense au volet poétique parfois au détriment du travail artistique proprement dit ainsi qu’en omettant carrément les capacités vocales. Pourtant, sous d’autres cieux, la voix d’un chanteur est, considérée comme étant le critère le plus élémentaire de sa fonction. Combien de sommités mondiales dans le domaine de l’art, ne savent pas aligner deux strophes ou même lire une partition. Leur voix et leur maîtrise de l’interprétation suffisent pour faire d’eux des étoiles scintillantes en permanence. Dans le cas de la chanson kabyle, l’artiste est, dans bien des cas, le parolier et le compositeur. Qu’il s’agisse des aînés, comme El Hasnaoui, Slimane Azem, Cheikh Arab Bouyezgarène, Akli Yahiatène, Salah Sadaoui ou des maîtres ayant révolutionné la chanson kabyle comme Matoub Lounès, l’artiste a la triple casquette d’interprète, auteur et compositeur. Sur le plan musical, des artistes comme El Hasnaoui, Slimane Azem et Matoub Lounès ont donné à la chanson kabyle des chefs-d’oeuvre en matière de composition. Ce n’est nullement le fruit du hasard si Matoub Lounès a fait des deux premiers, sa véritable école en allant jusqu’à fusionner deux musiques des deux maîtres et en faire une troisième. Il s’agit de la chanson A Moh A Moh (1988). Cette innovation sur le plan musical est inédite dans le domaine de la chanson kabyle. Le génie musical de Slimane Azem et de Cheikh El Hasnaoui n’a pas uniquement inspiré Matoub Lounès qui a su insuffler une âme à de nombreuses compositions, mais aussi d’autres artistes ont puisé dans ce patrimoine. On peut citer arbitrairement le cas de Kamel Messaoudi. Ce dernier, qui est peut-être le meilleur artiste arabophone de sa génération, a suivi les traces de Matoub Lounès dans sa méthode de travail en reprenant nombre de musiques et de textes de ces maîtres pour les habiller de sa touche. D’aucuns ont pu constater le succès arraché par la suite par Kamel Messaoudi, dont la carrière a été freinée cruellement par une disparition précoce. Le point commun des artistes El Hasnaoui, Azem et Matoub est leurs capacités vocales incomparables, leurs musiques très recherchées ainsi que des textes qui constituent la véritable mémoire de la société kabyle. On ne peut pas ne pas avoir une idée précise et détaillée de ce que fut la vie en Kabylie en écoutant les chansons d’El Hasnaoui, de Slimane Azem et de Matoub Lounès. Même si ce dernier a été plus explicite que les deux premiers à cause de son engagement et de sa sincérité absolue. El Hasnaoui a le mérite d’avoir cassé le tabou de l’amour. C’est le premier artiste de grande stature à avoir ressassé le sujet de l’amour sans faux-fuyants. Cheikh El Hasnaoui décrit comment le jeune Kabyle vivait les frustrations amoureuses à son époque. Ses chansons sont une véritable chronique de l’amour aux temps des interdits. El Hasnaoui introduit les prénoms des femmes aimées (Fadhma, Ouardia) et évoque des situations anodines inhérentes à la manière dont ce sentiment est vécu loin des feux de la rampe, mais vécu quand même. En entrant de plain-pied dans la chanson d’amour, El Hasnaoui a réussi à conquérir des fans plus qu’aucun autre artiste. Quand il passait à la radio à l’époque, beaucoup de femmes laissaient tomber leurs tâches ménagères pour l’écouter. C’était il y a cinquante ans. Aujourd’hui, malgré une absence de médiatisation injuste et inexpliquée, il reste l’un des artistes les plus écoutés. On entend sa voix particulière, surtout dans des lieux publics comme les bars mais aussi dans les bus et chez les particuliers. El Hasnaoui a aussi dépeint les situations vécues par des citoyens qui partaient en France pour une raison ou une autre. Des chansons, comme La Maison-Blanche sont devenues vraiment mythiques. On retrouve une bonne partie de la mémoire de la société kabyle dans ses oeuvres.
Slimane Azem, plus prolifique, a aussi écrit sur un pan entier de l’histoire de la région. Ayant été interdit, à l’instar de Matoub Lounès, de tous les médias algériens, ceci ne l’empêcha pas d’être le plus grand artiste de son temps. On peut même dire, sans risque de se tromper, que son exclusion lui a profité en quelque sorte. Ayant évolué à une époque où l’identité berbère était broyée et vouée aux gémonies, Slimane Azem a pu constituer la seule bouffée d’oxygène pour la population. Ce rôle sera joué bien plus amplement par Matoub Lounès à partir de son atterrissage artistique tonitruant en 1978. Slimane Azem, quoique dénonçant l’injustice, est resté toutefois fidèle au discours moralisateur et conservateur. Contrairement à El Hasnaoui, il n’a pas beaucoup chanté l’amour. Une certaine pudeur, qu’on retrouve dans ses textes, ont fait de lui l’artiste de la famille jusqu’à la fin des années 1980. Mais avec l’arrivée sismique de Matoub Lounès, ce dernier brisera tous les tabous y compris celui de la religion. En effet, Matoub Lounès restera le premier et le seul artiste à s’en prendre avec des termes crus à tous les fanatismes religieux ainsi qu’au maraboutisme, dans son contenu hypnotisant. Toutefois, l’oeuvre de Slimane Azem nous renseigne sur un grand pan de la vie en Kabylie. Slimane Azem s’est beaucoup étalé sur le déclin des valeurs qui faisaient le propre de la culture et de la société kabyles. Des valeurs morales que ce grand poète regrettera dans un certain nombre de ses chansons mythiques. Les concepts de la fraternité, de la famille, de la solidarité, de l’union, du respect et d’autres encore qui disparaissaient progressivement mais irréversiblement ont tous été évoqués brillamment dans les textes de Slimane Azem. Ce dernier s’est aussi penché systématiquement sur la chanson de l’exil. En la matière, il en est le maître incontesté. Il a abordé la question de l’émigration de manière plutôt philosophique comme c’est le cas dans les chansons A Moh Moh, Anetsruhu netsughal et autres. On peut donc lire l’histoire de la Kabylie en écoutant les mélodies de Slimane Azem. Avec Matoub Lounès, c’est à un tout autre phénomène que l’on a assisté. Le Rebelle a introduit une infinité d’innovations en matière artistique et poétique! Ainsi, il a injecté dans sa poésie la notion de la désignation des noms des personnes et des lieux ainsi que de celle des événements. Chose qu’on ne trouve chez aucun autre poète de la région. Déjà dans son premier album (1978), il dédie une chanson à la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie) où sont cités tous les noms des joueurs qui y évoluaient. Quand on sait qu’à l’époque, la JSK n’était pas uniquement un club sportif mais un porte-flambeau de la cause identitaire berbère, on mesurera aisément la portée d’une telle chanson à travers l’histoire. A une époque où tous les médias étaient verrouillés, Matoub allait devenir le seul «média» libre. Ainsi, il reviendra sur l’ensemble des événements historiques et d’actualité qui étaient exclus de la presse et de l’histoire officielle. Matoub a été le premier à évoquer les événements de 1963 et l’affaire du FFS (Front des forces socialistes), il a cité nommément le Colonel Mohand Oulhadj, puis au fil des années, il revint sur d’autres événements en fonction de leur évolution. Matoub a écrit l’histoire de l’Algérie telle qu’elle devait l’être. C’est-à-dire sans parti pris et sans exclusion de quelque acteur que ce soit. Dans l’album, Yehzen El Oued Aïssi (1981), censuré en Algérie à l’époque, Matoub parle du rôle de l’armée algérienne dans plus d’une chanson. Puis, il évoque les noms de présidents, comme Boumediene et Ben Bella et fait allusion à Chadli, plusieurs fois. Il s’en prend à Aït Ahmed en 1985 et à Sadi en 1991. A Ferhat aussi, il consacra pas moins de deux chansons où il mit en relief le rôle négatif qu’il a joué en compagnie de Sadi dans la division de la Kabylie suite à la création d’un parti politique. Par la suite, avec l’évènement du terrorisme, Matoub n’hésita pas à s’allier avec les mêmes Sadi et Ferhat pour contrecarrer un danger plus grand qui menaçait l’existence même de l’Algérie. C’est dire que Matoub avait un grand coeur et il faisait passer les considérations individuelles au second plan quand il s’agissait du destin de tout un peuple et d’une nation. La chanson fleuve Regard sur l’histoire d’un pays damné (1991) est une grande page de l’histoire de l’Algérie réécrite et reconstituée fidèlement par Matoub Lounès. Dans ce très long poème, Matoub met l’art et la manière de narrer avec métaphores et rimes tout ce que le système politique de l’époque avait classé dans les casiers de l’interdit. Dans d’autres albums, Matoub revient aussi sur des événements dramatiques comme l’assassinat de Boudiaf et de Tahar Djaout et sur ce qui a touché de près ou de loin la terre algérienne dans ses moments les plus cruciaux. Ecouter El Hasnaoui, Azem et Matoub, c’est voyager à travers le temps de la Kabylie de tous les temps.
Par : Aomar MOHELLEBI
Source : http://www.lexpressiondz.com/article/3/2010-02-14/73045.html